Sur la rive droite de Bordeaux, entre Garonne et Côteaux, s’étend l’ancien site industriel de Brazza.
Le renouvellement urbain de ce quartier en fait un laboratoire de typologies, entre volumes capables, réinterprétation des échopes et seconde vie donnée au patrimoine bâti. Appartenant à la Brazzaligne, le Lot E4 propose de jouer avec les règles du cahier des charges : socle continu, front urbain à 19m, retrait des niveaux supérieurs, gabarit à 45°… pour imaginer un bâtiment atypique mais résolument intégré à son contexte : ouverture d’une large faille sur les Côteaux, découpage de la toiture pour intégrer les niveaux hauts dans la silhouette, gestion de la densité en deux émergences…
La citation formelle de la Halle Soferti ne s’arrête pas là puisque sa structure capable, en assemblage de bois, est ici reprise pour garantir l’évolutivité des logements dans une structure poteaux poutre. Les espaces extérieurs prolonge le logement dans la douceur du bardage, du platelage et du plancher bois ; les façades exposées présentent au regard la qualité du béton préfabriqué blond. La nouvelle silhouette du Lot E4 se détache de la Brazzaligne, mais elle semble pourtant y avoir toujours eu sa place. La programmation demandée est composée de nombreuses petites typologies, environ 60% de T2 (voire T1), ce qui induit une réflexion spécifique en plan et en volume bâti. Cet équilibre nous a amené à assumer une certaine efficacité du plan en positionnant des typologies T2 en centre de bâtiments et les typologies T3 et T4 en angle afin de proposer deux orientations. Grâce à cette organisation de plan, chaque logement dispose de généreux espaces extérieurs de plus de 10m² quelle que soit la typologie. De plus les balcons orientés Sud bénéficient de protections solaires via des balcons filants permettant de protéger les vitrages des pièces de vie. A ceci s’ajoute une attention forte à l’appropriation des espaces extérieurs et à l’intimité par la mise en place d’allèges filantes de 60cm au-dessus de la dalle et des éléments séparatifs latéraux entre logements intégrant potentiellement des rangements formant ainsi une véritable pièce en plus à l’abri du soleil.
Une des spécificités du projet réside également dans le fait d’habiter les toits. Cela se met en place de plusieurs façons :
– en habitant les espaces sous toiture par le biais de logements présentant des sur-hauteurs.
– en proposant des logements qui s’ouvrent à l’Est et à l’Ouest par biais de grandes lucarnes, telles des soulèvements de toiture, et qui présentent des terrasses en prolongement.
– en habitant et en exprimant des sur-hauteurs dans les angles des espaces extérieurs sous toiture.
Les 2 bâtiments partagent une desserte par noyau central proposant des logements de grands types avec des doubles orientations sur les pignons. Un épannelage symétrique proposant un point haut central avec un faîtage parallèle à la Brazzaligne. Les toitures des niveaux bas présentent des lucarnes en zinc permettant de nicher des typologies et de s’ouvrir sur l’Est et la Brazzaligne et l’Ouest et la Garonne.
Un mode constructif similaire mettant en œuvre une structure poteaux poutres béton du RDC au R+5 et une structure et planchers bois du R+6 au R+8. Les couvertures permettent de proposer des charpentes bois et les balcons offrent des planchers bois étanchés ce qui réduit considérablement le poids carbone de l’édifice. Enfin les façades exposées sont en béton préfabriqué teinté dans la masse. Les façades en fond de balcons présentent un bardage bois traité sur murs à ossatures bois à isolation répartie.
Chaque bâtiment se distingue par une géométrie distincte du fait de la forme de la parcelle. Cette différence est également présente dans la proposition des logements puisque le bâtiment du Sud dispose de T1 qui sont liées à la cassure de la parcelle sur Brazzaligne. Concernant les façades Sud et Nord, de légères subtilités dans le dessin des structures béton permet à chaque bâtiment d’exprimer distinctement un rapport singulier à l’espace public et au grand paysage. Ainsi les pignons Est et Ouest sont percés de manière un peu différente de façon à faire vibrer le lot sur la Brazzaligne. Ces deux émergences cousines sont néanmoins liées par un socle commun, offrant un “univers bas”, pour le piéton, largement ouvert, transparent et généreux à la programmation vivante.
Le jardin suspendu, très végétalisé et jouissant d’une grande terrasse commune dans le prolongement du local commun, est le trait d’union paysagé entre les coteaux et la Garonne. Les essences des végétaux rappellent nos paysages endémiques. Arbousiers et ajoncs, graminés et quelques arbres de haute tige structurent cet espace qui se veut le plus naturel possible, faisant écho, une fois de plus, à la végétation des Côteaux.
Maquette : Fabien Bussière (2PM A)
Perspectives : Lotoarchilab
Illustrations : Jack Truffo